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1. Données Personnelles

Prénom
Caroline
Qui êtes-vous ?
ex SVE
Sexe
F
Adresse : Ville
PARIS
Adresse : Région
Ile de France
Adresse : Pays
France
Lieu de résidence
pays d’origine
Statut actuel
autre

2. Votre SVE

Titre de votre projet du SVE
Intercultural learning in an alternative school
Date de début de SVE
27 sept. 2004
Date de fin de SVE
1 juill. 2005
Ville de SVE
KRITZENDORF
Pays d'origine
France
Pays de SVE
Autriche
Structure d'envoi
Freiraumschule
Structure d’accueil
Compagnons bâtisseurs centre
Témoignage synthétique de votre expérience

Le plus simple pour vous faire partager mon expérience, c'est de reprendre une partie du texte de mon rapport de SVE.
Pour en savoir plus, j'ai tenu un blog durant la période de mon SVE (octobre 2004-juin 2005)

http://www.20six.fr/sveavienne

II. Pourquoi un SVE ?

A. M’engager pour mûrir

Ma dernière année étudiante (DESS Administration des collectivités locales) a coïncidé avec ma découverte du volontariat et de modes de vie altruistes jamais monotones. J’étais vraiment en colère contre moi-même et contre les réseaux (français) d’information de la jeunesse de découvrir seulement maintenant une forme géniale d’engagement des jeunes qui leur apporte autant qu’ils donnent.
J’allais finir mes études jeune (à 22 ans) et travailler sans avoir jamais voyagé, avec l’impression de n’avoir jamais rien fait de palpitant dans ma vie ? Non, je l’aurais trop regretté ! L’idée du SVE est tombée à pic dans mon besoin impératif de prendre un peu de maturité avant d’entrer dans la vie active. Ce volontariat grâce à son niveau financier très confortable, me donnait enfin l’occasion de prendre enfin mes distances avec mon « environnement familier ».

B. Comment j’ai trouvé mon projet

Je n’ai donc pas hésité longtemps à me décider pour un SVE. Je pensais qu’il serait beaucoup plus difficile de trouver un projet qui me correspondrait et qui m’accepterait. Surtout que très prise par mes obligations étudiantes je n’avais presque pas le temps de fouiller la base de données en ligne de la Commission européenne.
J’ai commencé à contacter l’association Unarec à Paris (où j’habite depuis toujours) qui m’a simplement aiguillée. Je me rappelle encore la boutade de la fille qui travaillait là : « Pourquoi pas Vienne ? ». Oui en effet pourquoi pas ? Dans mes critères de choix de projet figuraient l’Europe centrale, le travail avec les enfants, si possible issus de milieu défavorisé, ainsi qu’un aspect interculturel.

J’ai eu ensuite une chance incroyable quand on sait quel parcours du combattant doit souvent affronter tout aspirant au SVE ? En 15 jours j’ai trouvé un projet qui répondait à presque toutes mes exigences, j’ai été acceptée par le projet et mon dossier parfaitement complet a été envoyé juste avant la date butoir.
L’école Montessori « Freiraumschule » située dans la campagne de la capitale autrichienne a en effet adressé aux Compagnons bâtisseurs l’offre de recrutement annuelle de son volontaire. Celui-ci est chargé d’apprendre la culture et la langue françaises à une trentaine d’enfants, dans le cadre très particulier de la pédagogie Montessori. "A", volontaire aux Compagnons bâtisseurs (CB) qui m’avait déjà soufflé l’idée du SVE m’a parlé de l’offre. J’ai aussitôt contacté "B" en charge du SVE aux CB qui a aussitôt accepté de m’aider à poser ma candidature, bref d’être mon organisation d’envoi. Je la remercie encore mille fois pour ceci et pour la diligence avec laquelle elle a accompli toutes les démarches administratives nécessaires. CV, lettre de motivation, contact téléphonique avec l’école, faxes, mails et j’étais acceptée.
"C", professeur de l’école qui maîtrise le français m’a ensuite expliqué combien il était difficile de recruter quelqu’un qui va avoir une telle place dans l’école, uniquement par téléphone. Ainsi, la seule chose qui a distingué ma candidature c’est que j’avais eu la bonne idée de signaler dans ma lettre de motivation que j’avais un petit frère de 11 ans !

C. L’attente du départ

Viennent ensuite les longues semaines d’attente avant la validation du projet par la Commission européenne. Le 4 août la réponse positive tant attendue était là. J’ai ensuite vécu des moments très pénibles dans ma vie privée et dans ma vie étudiante : le départ devenait un besoin vital. Le 26 septembre, ce fameux mémoire à peine soutenu, le car Eurolines m’enlevait vers le souffle libérateur du SVE.
Du 7 au 9 septembre j’ai assisté au sympathique séminaire de formation à l’envoi à Marly-le-Roi. Je n’y ai pas appris grand chose mais il m’a été utile pour prendre conscience de ce qui allait m’arriver et partager joyeusement avec d’autres futurs SVE (je ne suis restée en contact qu’avec "D" qui partait au Portugal avec les CB et ma voisine de chambre).

III. Présentation du rapport

Je me suis enrichie tout au long de mon SVE à différent niveaux et non pas uniquement sur le projet. L’école avait d’ailleurs la même conception que moi de ce volontariat : la découverte d’une nouvelle culture, les voyages, les rencontres sont aussi importants que le travail sur le projet. C’est ainsi que je vais exposer mon expérience en cercles concentriques, du particulier au général : j’étais dans une école Montessori, j’ai donc rencontré des autrichiens, j’ai donc découvert l’Autriche, j’ai donc visité les voisins de ce pays européen.

PARTIE I UNE ÉCOLE MONTESSORI

I. Présentation de la Freiraumschule

A. Une école primaire bien particulière

La pédagogie Montessori quoique connue en France reste assez rare et pas forcément appliquée en totalité. Il n’existe pas d’écoles françaises Montessori au-delà de l’école primaire alors que les écoles de ce type en Autriche accueillent des enfants plus âgés. Dans le système éducatif autrichien traditionnel on reste 4 ans ou classes dans l’équivalent de notre « école primaire » (« Volksschule »). Puis 8 classes au lycée-collège (« Gymnasium ») si l’on est destiné à passer le bac. Sinon on passe 4 ans dans un collège professionnel (« Hauptschule ») afin apprendre un métier. Aux débuts de la Freiraumschule (en 1996) on pouvait rencontrer des enfants de 6 à 14 ans.
Entre 2000 et 2002 l’école a fermé car il n’y avait pas d’enfants inscrits appartenant aux classes d’âge intermédiaire. Elle ne connaît plus ce problème depuis 2002. L’école comprenait ainsi pour l’année 2004-2005 26 enfants âgés de 6 à 11 ans, de la 1ère à la 5ème classe. Il existe dans les environs de Vienne bon nombre d’écoles Montessori (nous avons parfois travaillé avec certaines) qui ouvrent le matin seulement, comme toutes les écoles autrichiennes. La Freiraumschule, elle, propose aux parents (qui travaillent) un accueil l’après-midi, cette offre remporte un grand succès.

Au-delà de l’idée d’écoles différentes dans les mentalités autrichienne, on peut vraiment parler d’écoles « alternatives ». Je m’étonnais de cet adjectif dans le descriptif de l’école mais je me suis rendue compte qu’il n’était pas du tout exagéré.
La pédagogie Montessori est appliquée en intégralité dans la Freiraumschule, c’est-à-dire que les enfants sont entièrement libres du programmes de leurs activités. Le corrélatif à cette liberté totale, c’est la multiplication des règles de comportement, Elles relèvent du bon sens (ne pas monter sur les tables, ne pas faire mal aux autres, ranger une fois que l’on a terminé une activité) mais sont consignées par écrit et sont valables pour les enfants comme pour les adultes.
J’ai été au début assez fascinée par ce mode de fonctionnement. Un peu comme je le suis face aux idées des mouvements altermondialistes. Je ne cautionne pas toutes leurs idées mais je trouve génial et rassurant qu’il existe des personnes qui bousculent l’ordre établi, qui tentent d’autres méthodes. C’est pour cette raison qu’une fois la surprise passée, ma curiosité est demeurée. J’étais contente d’avoir la chance de pouvoir « évaluer » sur le long terme un mode d’éducation tout à fait différent.

La pédagogie de Maria Montessori, née de la prise en charge d’enfants des rues, prône en effet la liberté dans le processus d’apprentissage de l’enfant. Celui-ci peut également apprendre en décidant du rythme et des matières, car il sera plus concentré sur quelque chose qui l’intéresse. L’apprentissage par l’expérience est donc la clé de cette pédagogie. Personne n’apprend à un enfant à parler et si peu à marcher, pourtant il y arrive spontanément. Pourquoi ce processus ne pourrait-il pas s’appliquer à l’éducation ? L’éducation à l’école, mais aussi à la maison : les parents Montessori « parfaits » doivent continuer à encourager l’autoapprentissage en toutes circonstances de la vie quotidienne.
Tous les parents de l’école ont sans cesse ces préceptes en tête. Surtout que l’école existe sous la forme d’une association dont chaque parent est membre. Il s’agit donc d’une école privée et les droits d’inscription s’élèvent à 320€ par mois (pour un accueil toute la journée ce que choisissent le plupart des parents avec tarif dégressif pour les frères et sœurs). L’engagement des parents est une des conditions nécessaires à l’admission de leur enfant dans l’école. Ils doivent en effet cuisiner tous les midis à tour de rôle, entretenir l’immense jardin, faire le ménage, participer aux réunions mensuelles, faire la promotion de l’école etc.

B. Une école où l’on se sent bien

L’école bénéficie d’un cadre assez exceptionnel. Kritzendorf est à 20 min en train du métro viennois. L’école occupe un ancien refuge pour animaux magnifiquement rénové par les parents, qu’elle partage avec un jardin d’enfants duquel sont issus la plupart des élèves de la Freiraumschule. On croise ainsi sans cesse à l’école des enfants de 0 à 11 ans. Le jardin est immense et offre de multiples possibilités aux enfants (foot, grimper aux arbres, cabanes, jardinage, luge). À l’intérieur il y a aussi beaucoup d’espace. Chaque pièce possède une attribution bien précise.
- « Materialraum », salle du matériel. Pour chaque matière d’enseignement (maths, allemand, géographie, histoire, sciences, langues étrangères) elle rassemble une grande quantité de jeux éducatifs et du matériel Montessori. Ce dernier est surtout axé sur les mathématiques, il permet de tout expliquer par la vue et le toucher. Il y a aussi une bibliothèque de 500 livres.
- « Musikraum », salle de musique. Un piano, quelques petits instruments de musique, un rideau pour les représentations.
- « Bastelraum », salle de travaux manuel. Le tableau noir, beaucoup de matières premières pour bricoler toutes sortes d’objets, livres de chants, d’activités. Une moitié de l’école y mange le midi.
- « Spielraum », salle de jeux. On y trouve tout : jeux de société jeux de réflexion, jeux de construction. Les professeurs y tiennent une exposition qui change de thème tous les 15 jours.
- « Bewegungsraum », petit préau. Il y avait quelques agrès dans cette salle où les enfants pouvaient se défouler, elle a été fermée car les enfants s’y bagarraient et elle devenait trop humide. Dans ses murs l’a remplacé le…
- …« Wekstatt », atelier de bricolage. Pour bricoler le bois, la pierre. On peut aussi y faire des expériences amusantes.
- « Elternküche », cuisine des parents. Les parents qui le souhaitent peuvent cuisiner ici ou apportent les plats que les profs réchauffent. L’autre moitié de l’école y déjeune.
- « Kinderküche », cuisine des enfants. Petite cuisine pour leurs recettes.
- Vestiaires, Salle des profs, Toilettes
Les combinaisons de travail sont ainsi infinies. On a presque l’impression d’être dans une maison, on y circule en chaussons, il y a des matelas, des coussins.

C. l’organisation pédagogique

Il existe 5 intervenants dans l’école :
- 3 professeurs (diplômes en pédagogie Montessori) : "C" (ma tutrice qui parle bien le français), "E"(aussi un de mes collocataires) et "F". Le rôle des professeurs dans une école Montessori est de proposer des activités, d’orienter les choix, de veiller à la discipline, d’organiser les sorties, les réunions avec les parents. Une de leur tâche les plus importante est également d’observer le comportement des enfants, ils reportent sur un cahier les activités de chacun ; ceci afin d’évaluer les progrès des enfants.
- 1 encadrant pour l’après-midi : "G"
- 1 volontaire francophone : moi !
La présentation de l’école ne serait pas complète si je ne donnais pas une journée type, c’est-à-dire sans une des ces très nombreuses et variées sorties (environ un jeudi toutes les deux semaines) et sans les activités au gymnase du vendredi matin pour les enfants qui le souhaitent. L’école est ouverte du lundi au vendredi.
- 8h-9h : accueil des enfants, les professeurs écrivent au tableau différentes propositions d’activités pour la matinée
- 9h-13h : au moins 2 professeurs sont présents, je suis également présente sauf le mercredi. Une fois par semaine, de 11 à parfois 13h, réunion entre les enfants et les professeurs où les uns et les autres expriment leurs doléances et cherchent des solutions
- 13h-14h : déjeuner. Le vendredi l’école ferme à 14h.
- 14h-16h : temps d’école facultatif, mais pas « garderie » puisque les enfants s’occupent avec les jeux, le matériel comme ils le font en matinée

II. Mon rôle dans l’école

J’étais la troisième volontaire à la Freiraumschule
Depuis la rentrée 2002, la Freiraumschule fait appel à un volontaire SVE afin de se donner une dimension internationale. Après "H" de Lille et "I" de Bretagne,dont j’entendrais énormément parler, j’étais la 3ème française à me lancer dans une aventure qui marche. En effet, j’ai eu de la chance de tomber sur un projet bien impliqué dans le concret, où je ne me suis jamais ennuyée même lors des difficultés. J’étais présente de 9h30 à 16h les lundi, mardi et jeudi, et de 9h à 14h le vendredi (soit environ 25h de travail, comme les autres professeurs d’ailleurs).
La différence entre le descriptif des tâches sur le papier et la réalité n’était pas très éloigné. La proportion entre les différentes tâches n’était cependant pas toujours celle que j’avais imaginé. Je croyais me cantonner au français et participer moins activement à la vie de l’école et c’est le contraire qui s’est produit. Je peux résumer mes tâches à trois points.

A. Le français

J’ai assez vite ressenti qu’enseigner le français n’allait pas être aussi simple que je me l’imaginais. Déjà pour la simple raison que dans la pédagogie Montessori, les enfants ne sont amenés à apprendre que ce qu’ils estiment « utile » (écrire pour communiquer, lire pour être plus autonomes etc.). Or le français est une langue étrangère qui ne leur sert à rien, ils ne l’apprendront que sous forme ludique. Ainsi, à part des phrases et mots très simples (comment tu t’appelles ?) seuls les jeux et chants intéressaient les enfants, lorsqu’ils étaient intéressés. J’avais aussi en face la concurrence des séances d’anglais organisés par Tina.
En un an, j’ai dû organiser une quinzaine de cours de français. J’utilisais une méthode de français pour petits, des jeux éducatif fabriqués par moi ou les anciens volontaires, je chantais avec les enfants. En dehors des cours qui rassemblaient de 2 à une dizaine d’enfants, voire aucun (pas de volontaire), je faisais des jeux français en individuel, beaucoup de comptines qui se jouaient avec les mains (« Trois petits chats », « Un éléphant qui se balançait… » etc). Et j’essayais d’instaurer un climat « un peu français », en inscrivant au tableau la date du jour en français ou des devinettes, en faisant des réflexions d’ordre interculturel, en traduisant des mots en français etc.
Je dois dire qu’enseigner le français a été la partie que j’ai la moins appréciée de mon SVE. La base du projet repose sur une utopie. Le volontaire devrait parler français sans cesse avec les enfants. Ceux-ci baigneraient ainsi dans une langue étrangère et l’apprendraient, toujours par ce phénomène de l’expérience. Ainsi Maria m’incitait au début à ne pas parler allemand avec les enfants, mais uniquement en français. Cependant les enfants se détournaient de moi lorsque je le faisais. Pour moi c’était impossible à réussir je n’ai pas insisté. Mais j’avais toujours ce petit sentiment de culpabilité qui ne m’a pas quitté quand il s’agissait du français. J’étais énervée d’essuyer souvent des échecs quand je proposais du français, je n’avais pas beaucoup de créneaux horaires à ma disposition. Et surtout il était difficile de n’avoir aucun écho du travail des volontaires précédents, que j’imaginais super-profs de français alors que j’ai fini par comprendre qu’ils se décourageaient aussi. Vers les 2/3 du SVE j’ai fait part à "C" de mes craintes, elle m’a répondu de ne pas m’inquiéter que je n’étais pas là que pour le français.

B. La vie de l’école

J’ai participé assez activement à la vie de l’école car je me débrouillais en allemand (contrairement à ce que je m’imaginais avant de partir) et je faisais preuve de pas mal d’initiatives (j’ai toujours besoin de faire quelque chose !). Après les vacances de noël, j’ai eu la responsabilité d’une des 4 tables du déjeuner et ce n’était vraiment pas de tout repos, surtout quand les problèmes de discipline se sont faits prépondérants. J’ai fait la cuisine pour tout le monde deux ou trois fois (une fois même pour 50 personnes car une école nous rendait visite). Je participais à de nombreux jeux des enfants, j’aidais à l’utilisation du matériel éducatif, je lisais des histoires (en allemand) aux plus petits. Quand un enfant s’ennuyait je lui proposais des activités, je consolais, séparais, faisais la discipline si nécessaire. À l’extérieur j’aidais les enfants à jardiner, je les surveillais.
Bref chaque journée était différente et l’ennui rare, j’avais l’impression d’être moi aussi un prof, la responsabilité en moins ce qui était appréciable. « Tu es une des nôtres » m’a dit un jour Maria. De fait j’ai participé à quelques unes des réunions hebdomadaires des professeurs, où je pouvais exprimer mon point de vue et être écoutée. Maria encourageait mes remarques et aussi parfois mon avis sur tel ou telle enfant dont j’étais proche avant de faire le bilan avec ses parents.

C. Les sorties

Très régulièrement l’école organisait des sorties, obligatoires ou non. J’étais presque à chaque fois de la partie. J’ai ainsi beaucoup appris sur la région et sur la vie locale. En échange je pouvais fournir aux enfants de nombreuses comparaisons entre la France et l’Autriche.
Au nombre de ces sorties : promenade et jeux dans la nature, piscine, interroger les commerçants sur leur métier, cinéma, patinoire, bibliothèque, visite dans une ébénisterie, musée pour enfants, zoo, théâtre. À cela s’ajoutent deux tournois avec des enfants d’autres écoles Montessori (Olympiade des enfants, match de foot). Nous avons aussi eu l’occasion de visiter la classe d’une école traditionnelle située à 100 km de Vienne. Nous avons aussi partagé avec cette classe la classe verte annuelle (5 jours à la naissance orientale des Alpes : superbe !).

J’allais oublier une sortie qui me tient à cœur : celle de l’hippodrome de Vienne, le « Krieau ». Les petites filles sont folles de cheval et il se trouve que mon copain connaissait très bien le « Krieau ». Les professeurs lui ont donc demandé si une visite était possible, ce qui a été obtenu grâce à ses relations pour le plus grand bonheur des enfants. C’est ce jour là qu’on a oublié un petit garçon sur le quai du tram ! Descendue à la station suivante pour le récupérer, j’ai vu quelqu’un l’embarquer dans sa voiture ! Un kidnapping ? non heureusement quelqu’un de la société de transports qui nous a ramené au tram…

III. Mon bilan ?

À mon retour, beaucoup de personnes m’ont demandé si la pédagogie Montessori m’avait convaincue. Je donne toujours une réponse négative bien que j’estime m’être pleinement épanouie dans ce projet et avoir apporté et reçu énormément de choses.

A. Un bilan négatif à 30%

1) L’importance des problèmes de discipline

Le cliché selon lequel il n’y a pas de discipline dans les écoles Montessori est une réalité, j’ai eu à m’en rendre compte tout au long de l’année. La plupart des enfants se soumettent aux règles de comportement car elles leur semblent naturelles. Mais pour certains enfants, c’est un plaisir de déroger aux règles, un défi face au monde des adultes. Ils entraînent dans leur sillage les enfants les plus faibles qui transgressent à leur tour les règles.
Pourquoi cet état de fait ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de sanction lorsque les règles sont transgressées, car beaucoup de parents font obstacle aux sanctions. Les parents les plus « rock’n roll » soutiennent à fond la théorie de l’enfant-roi et n’acceptent pas que la créativité et l’expression du caractère de leurs petits soient brimées. Cela se traduit par un mépris profond des écoles traditionnelles que l’on retrouve aussi chez leurs enfants. Les professeurs sont donc coincés entre les enfants et les parents et ne peuvent que réagir mollement. Je trouve cette situation bien dommage. La pédagogie Montessori sous-tend une idéologie de l’enfant-responsable, qui sait ce qui est bien pour lui, qui doit être respecté par les adultes comme une personne à part entière. Ceci est très bien mais lorsque l’inverse n’est plus valable, c’est-à-dire quand les enfants méprisent les professeurs, il y a un réel problème.

Comme les autres professeurs, j’ai eu à souffrir de manque de respect. Les repas de midi étaient parfois des moments particulièrement éprouvants. J’avais l’impression certains jours de n’être qu’un flic et je me demandais pourquoi j’étais là ! À cela s’ajoutait de la provocation gratuite, des critiques sur mon physique, des sous-entendus. Ce n’était vraiment pas agréable de se faire empoisonner la vie par quelques casse-pieds.
Le statut ambigu du volontaire n’a pas aidé dans les moments difficiles. Les enfants lançaient « Tu n’es pas un vrai prof, tu n’as pas à me faire respecter les règles ! ». "C" m’a dit que les années passées, les volontaires maîtrisaient moins l’allemand que moi et qu’ainsi ils pouvaient moins imposer le respect des règles. Certains enfants n’ont donc pas aimé de devoir respecter les règles même avec la volontaire. Mais pour moi, il n’était pas question de céder, même si je revenais certains soirs complètement épuisée.

2) Des doutes face aux connaissances acquises par les enfants

L’impression que certains enfants n’apprenaient rien complète mes réticences face à la pédagogie Montessori. Au début, j’étais fascinée de constater l’autogestion des enfants dans leur apprentissage, la foule de connaissances théoriques ou pratiques qu’ils emmagasinaient. Mais au fil du temps, je me suis aperçu que certains enfants n’apprenaient presque rien, soit que leur curiosité ait diminuée, soit que mon enthousiasme du début me l’ait caché.
J’ai beaucoup plus observé ceci chez les garçons que chez les filles. Les petites filles sont plus indépendantes et fonctionnent moins en bande, elles savent ou veulent s’occuper seules, ont des centres d’intérêt nombreux. Les petits garçon eux ont tendance à abuser de la liberté qu’on leur donne et à sa bagarrer toute la journée ou à faire des jeux de construction. Lorsque les parents rendent visite aux enfants, certains de ces derniers les emmènent hypocritement dans la salle du matériel pour montrer leurs activités du moment, alors qu’ils n’y vont jamais ! Les professeurs étaient tristes de voir cette salle la plupart du temps vide ; comme un lieu pour donner bonne conscience aux parents.

Pour autant, les enfants ne sont pas en danger. Ils proviennent tous pour la plupart de milieux socioculturels assez élevés. Au pire ils redoublent lorsqu’ils rejoignent le système d’éducation normal. J’avais parfois l’idée amère que sur d’autres points de la planète des enfants donneraient tout pour aller à l’école, tandis qu’ici les parents paient pour que leur enfants fassent tout ce qu’il veulent (ne pas apprendre, être indiscipliné, vivre dehors). À 8 ans beaucoup ne savent que très mal lire et écrire. Les grands ont une orthographe assez douteuse, leur écriture est difficilement lisible.
Ceci m’a particulièrement marquée lors de notre échange avec une classe ordinaire de la campagne : à 9-10 ans les enfants même de milieu modeste écrivaient sans faute, d’une belle écriture ronde. Et ne semblaient pas pour autant martyrisés.
Tous ces aspects sont constamment dans la tête des professeurs. Je les ai toujours vu dans le doute, en remise en cause perpétuelle. Comment faire au mieux pour les enfants ? Il est sûr que les enfants sont heureux dans cette école, qu’ils sont plus mûrs et débrouillards. Mais sont-ils préparés à la réalité de la vie ? aux contraintes de la vie en société ? J’ai eu l’occasion de parler avec un pédagogue qui bien que soutenant des idées éducatives alternatives condamnait la méthode Montessori. De même je ne critique pas unanimement toutes les méthodes alternatives. Par exemple je pense qu’une école Montessori où les enfants devraient passer deux heures par jour dans la salle de matériel (avec liberté d’apprendre ce qu’ils veulent) et où les règles seraient respectées, pourrait fonctionner.

J’ai fait part de tous mes doutes aux professeurs et … ils ont approuvé mes critiques. J’en ai été assez étonnée car j’avais parfois l’impression que les profs ne me soutenaient pas assez, me laissaient démunie, ne m’expliquaient pas assez la pédagogie Montessori. Il semblerait que cette année l’école ne fonctionnait pas bien, que quelque chose clochait. D’ailleurs, "C" assez épuisée a décidé de lâcher l’école pour un an, elle était épuisée de tant donner et d’avoir l’impression que cela ne servait à rien.
Les derniers jours elle a analysé mon comportement à l’école. « Tu étais très présente, pendant six heures par jour tu n’arrêtais pas, tu étais tout le temps là pour les enfants. Je t’admire mais c’était peut-être dangereux pour toi, les enfants ont pu profiter de ta gentillesse puisqu’ils savaient que tu reviendrais de toutes façons. Tu es comme moi, tu n’as pas très confiance en toi, tu es très ouverte et tu as envie que les enfants t’aiment. Si ils ne veulent pas jouer ou obéir tu es triste, tu te sens attaquée personnellement. »
"C" est tout à fait juste dans son analyse. J’étais peut-être trop engagée mais je savais que je ne vivais qu’une expérience de 9 mois, qu’il fallait que j’explore tout au maximum. J’étais parfois déprimée par les enfants mais je ne le montrais pas ; mon copain m’a beaucoup aidée en m’écoutant et par son expérience malheureuse d’enfant dans une école Montessori.
De fait quand je suis partie, j’avais vraiment l’impression d’être allée au bout de moi-même mais j’étais aussi un peu soulagée de quitter l’école.

B. Un bilan positif à 70%

1) Apprendre tous les jours

Chaque journée à l’école était pour moi l’occasion d’apprendre sans cesse sur les méthodes éducatives, sur la psychologie enfantine, sur le rôle des parents. J’avais tous les jours des questions qui fourmillaient dans ma tête. J’ai eu une éducation assez rigide et c’était vraiment passionnant d’avoir des exemples vivants d’éducation extrêmement ouverte. Je suis sûre que je saurais me souvenir de mon expérience si je suis un jour mère, afin peut-être d’éduquer entre ces deux modèles.

Au-delà de connaissances d’ordre psychologique j’ai aussi beaucoup appris au point de vue pratique.
J’ai découvert la société autrichienne locale, j’ai eu l’occasion de visiter des coins charmants de campagne ou de montagnes, découvrir des coins de Vienne que je ne connaissais pas. J’ai appris à maîtriser des jeux qui m’étaient obscurs (j’ai joué un nombre incalculable de fois aux échecs, à l’awalé aussi). J’ai appris à jongler, à faire des bolas, à bâtir un igloo, j’ai fait du patin à glace pour la première fois de ma vie. Les enfants m’ont appris à connaître et à observer la nature, à jardiner. J’améliorais mon allemand chaque jour grâce à l’immersion totale, grâce aux jeux éducatifs que je faisais faire aux enfants, grâce aux histoires que je racontais. Grâce aux expositions j’ai appris sur des sujets que j’ignorais complètement : l’Inde, les minéraux, la médecine douce etc. Des choses toutes simples qui me réchauffaient tous les jours.

2) La chaleur des enfants

Même si certains enfants m’en ont fait voir de toutes les couleurs, je n’étais pas rancunière et l’être aurait été ridicule, ce ne sont que des enfants. Et j’étais particulièrement ravie quand je réussissais à apprendre quelque chose à un enfant, à l’intéresser à quelque chose.

Avec les enfants qu’il n’était pas nécessaire d’apprivoiser, les contacts ont été très riches et tendres. Les enfants me prenaient dans leurs bras, se confiaient à moi, me comblaient de dessins; j’avais l’impression d’être une grande sœur.
J’ai eu des contacts assez exceptionnels avec une petite fille de 6 ans, toute mignonne et très intelligente. L’élève Montessori « parfaite » : elle était souvent dans la salle de matériel, mais participait aussi à toutes les activités, s’intégrait à tous les enfants. Elle savait bien mieux lire que des enfants bien plus âgés. Elle sollicitait beaucoup ma présence, je devais même parfois la freiner dans ses ardeurs pour ne pas délaisser les autres. Être volontaire me donnait la chance de pouvoir me consacrer plus particulièrement à un enfant si je le voulais, et j’avoue que j’avais une grande joie avec cette petite fille car elle prenait tout ce que je lui donnais, c’était vraiment très gratifiant.
J’ai aussi été très content de voire un tout petit garçon de 6 ans très renfermé au début de l’année, s’ouvrir à moi, je l’impressionnais moins que les professeurs, j’étais plus accessible.
J’ai eu aussi des rapports très forts avec un petit garçon de 8 ans et une petite fille de 10 ans qui avaient pas mal de problèmes psychologiques, des enfants qui n’auraient pas pu suivre une scolarité normale. Un jour ils m’adoraient, un jour ils me détestaient et c’était constamment un rapport de forces. Je ne peux pas raconter ici tous les rapports avec tous les enfants mais ils étaient la plupart du temps enrichissants et gratifiant.
Finalement je crois que tous m’aimaient bien. Ils « m’exhibaient » fièrement à chaque rencontre avec d’autres écoles. À noël et pour mon départ j’ai été couverte de cadeaux. Le dernier jour, tous les enfants étaient dans mes bras et ne voulaient pas me laisser partir, surtout ceux qui avaient été les plus durs avec moi ! Tous les ans les enfants ont du mal à comprendre que le volontaire ne reste qu’une année, qu’il parte quand on commence vraiment à le connaître bien.
Ce projet est donc vraiment un bon projet de SVE qui occupe beaucoup, qui apprend sans cesse dans les moments de joies et dans les moments où il ne faut pas se marcher sur les pieds.

PARTIE II LES AUTRICHIENS

Quelques temps après mon retour, j’ai rencontré en France un autrichien qui m’a demandé « Qu’as-tu pensé des autrichiens ? ». Il attendait ma réponse avec avidité et j’ai mis du temps avant de lui en fournir une. Car j’ai rencontré des gens très différents mais en même temps j’ai très bien ressenti une identité autrichienne commune. Je vais tenter de faire part de mon expérience. Dans un SVE, il arrive que le volontaire ne soit pas toujours en contact avec les gens du pays. Moi, j’ai eu la chance de devoir parler allemand tout le temps et de vivre avec des autrichiens, de même je sortais le plus souvent avec eux.

I. Les autrichiens que j’ai rencontré

A. Mes colocataires

L’école avait loué pour moi une chambre dans la collocation où habitait "E", un des professeurs. Ma chambre était spacieuse, j’avais tout le confort (grande salle de bain, grande cuisine, machine à laver le linge). La maison était située à 50 mètres du Danube, tout prêt de la gare. J’étais heureuse de vivre à la campagne pour la première fois de ma vie. Mais j’ai eu à souffrir d’une ambiance très froide La chambre était sous-louée et la propriétaire n’était pas au courant, j’ai du une fois me cacher (!). Mais le souci venait plus des colocataires.
Robin quoique discret était très sympa avec moi, il m’a prêté un matelas à chaque fois que j’avais de la visite. "J" et "K", les deux autres colocataires étaient assez spéciaux : ils étaient en couple mais le cachaient (!), fuyaient quand j’arrivais, regardait mes plats (non végétariens !) avec un air de dégoût appuyé, évitaient le dialogue en disséminant des post-its partout, ils avaient des codes sur leurs portes «ne pas déranger, pas de téléphone, pas de visite, absent etc. ». "J" seule était gentille et nous avons fait deux sorties ensemble, mais dès que son copain était là, elle était tétanisée et prenait avec moi le même air condescendant. D’un autre côté j’avais le droit à des sourires mielleux alors qu’ils n’ont jamais cherché à me connaître. En 8 mois nous n’avons pas une fois mangé ensemble.
Ces deux personnes m’ont montré un mauvais côté des autrichiens, l’hypocrisie. Grands sourires mais par derrière juger les différences, la peur de l’inconnu en somme. Je crois quand même être tombée sur des « cas ». Le dernier mois, ils avaient déménagé et nous sommes restés à deux dans la maison. "E" est un peu timide ne parle pas beaucoup mais n’est pas farouche. Il est agréable à vivre et ce dernier mois j’étais soulagée, je me suis enfin sentie chez moi.

B. Les enfants

J’en ai déjà parlé plus haut, mais j’ai deux trois trucs à ajouter.
Déjà j’ai pu entretenir des vrais rapports humains avec les enfants car la langue n’était pas un obstacle : ils me comprenaient et je les comprenais J’ai vraiment été contente de cela. Les élèves étaient mes meilleurs profs d’allemand, ils ne se contentaient pas de comprendre ce que je voulais dire comme les adultes, ils voulaient des phrases correctes. Je me suis aperçue plus tard que les enfants parlaient un allemand très compréhensible de part l’influence de la capitale très proche et leur origine socio-culturelle. Par contre je comprenais très mal les enfants de l’école de campagne avec qui nous avons eu des contacts. Ils parlaient beaucoup en dialecte ; et comme ils croyaient que j’étais autrichienne me parlaient à vive allure !

C. Les parents

J’ai eu un rapport privilégié avec certains parents. Soit parce qu’ils s’occupaient plus particulièrement de l’école, soit que j’avais des rapports privilégiés avec leurs enfants.
La femme du trésorier était très sympa avec moi, toujours à l’écoute des mes besoins, elle m’a amené un vélo, un lecteur de CD, elle m’a aidé à déménager etc. Le couple qui s’occupe de la paperasse SVE était bien agréable aussi, ils m’ont invité à dîner plusieurs fois, jusqu’à ce que leur fille me prenne en grippe (elle était de celle qui ne voulait pas respecter les règles avec la volontaire) ce qui m’a un peu vexée, mais avec du recul c’était compréhensible. J’ai aidé à la préparation des deux fêtes de l’école (le marché de noël, la fête de la pleine lune) et j’ai pu sympathiser avec d’autres parents actifs. Là aussi j’étais très bien accueillie.
Au niveau de mon travail, les parents étaient plus absents. Après mon SVE j’ai reçu un mail d’une mère qui s’excusait de ne pas avoir été assez présente lors des problèmes de discipline et d’irrespect, alors que c’est le rôle des parents d’intervenir quand quelque chose ne va pas. La maman de la petite fille avec qui je fais beaucoup de choses m’a remercié à la fin de l’année. Certains mais pas tous n’étaient pas aveugles face aux problèmes de comportement et ne m’en voulaient pas du tout, d’autres si. On me raccompagnait souvent en voiture. J’ai été invitée à une pendaison de crémaillère, ma tutrice m’invitait à déjeuner ou à dîner. Une mère travaillait dans une association de protection de la nature et un jour j’ai aidé à assainir un espace naturel protégé, c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon copain.

D. Les viennois

J’ai surtout été en contact avec des jeunes viennois, à deux exceptions près.
- les cours d’allemand et Caritas
J’ai un peu sympathisé au 1er trimestre avec ma prof d’allemand car nous rentrions ensemble. Ses cours étaient agréables, mais le rythme de l’université impliquait pas mal de travail à la maison, des contrôles ce qui m’occupait presque tout mon temps libre. C’est pourquoi une fois le diplôme en poche j’ai arrêté les cours de langue.
Quand j’ai été acceptée sur mon projet SVE, je me suis dit que j’allais combler mon regret de ne pas intervenir dans le social, en faisant du bénévolat dans une association viennoise. J’ai pu le faire car je ne travaillais que 4 jours par semaine. J’ai été un peu longue à prendre le temps de trouver une asso mais j’ai commencé à être bénévole chez Caritas à partir de janvier.

Mon jour de repos, j’allais rendre visite à une dame dans une « maison de retraite ». je mets des guillemets car l’établissement tenait plus de l’hospice. C’était le lieu de résidence d’anciens SDF, de personnes troublées psychologiquement et de personnes âgées sans revenus ; la plupart n’avaient pas de famille. Le personnel (infirmiers, cuisiniers, infirmiers) était sympathique mais pas assez nombreux et un peu condescendant, certains bavardaient un peu avec moi. Les résidents n’avaient vraiment pas l’air heureux. Avoir un toit était sans doute pour eux une « chance », mais comment pallier les lacunes affectives, l’absence de ressources, la difficulté à se déplacer ? Ils vivaient complètement isolés et désœuvrés. La dame à qui je rendais visite (à peine plus âgée que mes parents) était cependant d’un tempérament gai. Nous bavardions pendant deux heures où je faisais très attention de ne pas lui faire de peine (par exemple en parlant de ses enfants dont elle a perdu la trace). Elle semblait très contente que je lui raconte ma vie en Autriche, même si parfois elle se perdait en rêveries.
J’avoue qu’à chaque fois je n’avais pas envie d’aller à Caritas, mais quand je ressortais, quand la dame me remerciait de ma venue avec des étoiles dans les yeux, quand les autres résidents me demandaient si je reviendrais, je savais pourquoi j’étais venue même si je n’avais pas fait grand chose. Mes adieux ont été assez difficiles, je partais vers encore tout un pan de ma vie, pour eux l’avenir n’était rien d’autre que penser au passé.
- Les jeunes viennois
Peu de temps après mon arrivée, j’ai fait connaissance avec mon copain. J’ai connu ses amis et ainsi je suis sortie assez souvent avec des viennois plus qu’avec des volontaires avec qui je partageais moins de centres d’intérêt. Tous étaient très sympathiques et accueillants.
Ils étaient tout le temps attentifs à ce que je ne sois pas exclue de la conversation à cause de la barrière de la langue. J’aurais cependant voulu comprendre ce qu’il se disaient entre eux, je comprenais de quoi ils parlaient mais le dialecte viennois est truffé d’expressions et de mots bien à lui. Si dans les reste de l’Autriche il existe des parlers très différents de l’allemand académique, le dialecte viennois se contente de remplacer certains mots, ce qui perturbe quand même bien la compréhension. Comme en Allemagne, les jeunes boivent beaucoup de bière, et peuvent donc bien se lâcher en soirée.

II. Mon point de vue sur les Autrichiens

Le contact avec toutes ces différentes personnes m’a permis de me faire une idée assez précise du tempérament des autrichiens. Je vais essayer de résumer ça sans tomber dans la caricature.

Les autrichiens sont assez froids de premier abord. Ils sont toujours ébahis qu’en France tout le monde se fasse la bise, même entre personnes qui ne se connaissaient pas ! On ne fait la bise que si l’on connaît bien la personne, ou alors… si on veut lui signifier qu’elle ne vous est pas indifférente ! De même ils ne vont pas donner leur opinion entière, leurs états d’âme à quelqu’un qu’il ne connaissent pas bien. Ils resteront pourtant très souriants et polis avec un inconnu, ce qui peut laisser parfois croire à de l’hypocrisie. Par contre, une fois qu’ils connaissent la personne, ils peuvent engager des liens beaucoup moins superficiels qu’en France. Exemple extrême, de très bons amis, une mère et sa fille peuvent se faire la bise sur la bouche. Mais je connais des autrichiens qui sont dégoûtés cette idée ; tout comme moi, surtout quand un petit garçon qui m’aime beaucoup m’a embrassée ainsi !
Autre point important, les autrichiens n’aiment pas beaucoup les allemands qui le leur rendent bien. Ils ont tout d’abord une certaine méfiance historique et trouvent surtout les allemand trop prétentieux et froids. Ils n’apprécient pas du tout qu’on se moque de leur parler parfois éloigné de l’allemand académique (pour ma part je trouve la façon autrichienne de prononcer l’allemand beaucoup plus musicale, presque latine). Ni qu’on se moque de leur mode de vie plus paisible et rural. Ils se sentent parfois blessés que les étrangers assimilent les autrichiens aux allemand, ils ont vraiment un sentiment d’identité autrichienne. C’est vrai que si il y a des similitudes au niveau de la discipline, l’Allemagne et l’Autriche sont vraiment deux pays différents. Rien peut-être que par la méfiance autrichienne face aux institutions européennes.
Enfin, pas mal d’autrichiens sont assez engagés. Je pense que j’ai ce jugement car j’ai surtout rencontré des gens de Vienne et des environs. Les parents étaient assez « rockn’roll », avaient parfois des mode de vie originaux (notamment au niveau de la nourriture, régimes de biorésonance ; vivre en Inde quelques temps etc.). Vienne est ensuite un foyer intellectuel important où beaucoup de scandales et d’idées sont nées.

Pour résumer j’ai eu un réel plaisir et de la curiosité à découvrir la société autrichienne faites de personnes complexes, aussi complexes que leurs origines…

PARTIE III L’AUTRICHE

L’Autriche actuelle est encore un pays jeune : le territoire actuel est le résultat de réductions territoriales successives. C’est ainsi que si l’on trouve une identité commune aux paysages et aux villes paisibles, Vienne est à part. Une capitale trop grande pour les frontières qu’elle prédomine. J’ai beaucoup aimé ces deux aspects de l’Autriche, même si j’ai eu un faible pour Vienne.
Par contre j’ai eu à souffrir du climat sur tout le territoire ! Pendant 4 mois, températures sous –5°C et 50 cm de neige. C’est tout à fait vivable mais j’aime la chaleur et mon corps ne s’est jamais vraiment adapté : j’ai eu les pieds congelés tout l’hiver ! Mais l’avantage que j’ai découvert à un hiver rude, c’est l’émerveillement au retour du printemps quand les arbres explosent de fleurs et que les montagnes d’un vert vif donnent raison aux clichés touristiques autrichiens.
Sauf à Vienne, les personnes avec qui j’était le plus en contact étaient des volontaires SVE. Partager son expérience avec les personnes qui sont les plus à même de comprendre ce que vous vivez était quelque chose de magnifique.

I. Deux facettes pour un pays

A. La quiétude autrichienne

(Je ne peux parler que de ce que j’ai vu, je suis sûre qu’on peut voir l’Autriche sous un œil différent quand on la connaît plus de l’intérieur.)

Je pense bien connaître les villes même si je n’ai pas eu le temps de voir Graz ou Bregenz.

Une des villes les plus connues, Salzburg est magnifique mais très figée. Une gravure vivante où rien ne bouge beaucoup, tout est coquet, tout respire la ville natale de Mozart. Dans la campagne avoisinante on trouve des gens qui portent le costume traditionnel (Tracht) le dimanche. Je connaissais déjà la ville car ma sœur habite à quelques kilomètres, de par cette proximité j’ai revu deux fois la ville cette année.
Je n’ai pas pu voir beaucoup d’Innsbruck mais la ville m’a plu. En plein dans les montagnes, on voit dans le bus les habitants qui portent leurs skis, le soir la ville sait s’animer par des clubs, bars etc.
Linz est beaucoup plus grande, mais conserve le style baroque (bulbes, églises, colonnes à foison, monuments plus ou moins heureusement « baroquisés ») caractéristiques des villes autrichiennes .
St Pölten en plus petit obéit aussi à ce style et tente aussi doucement de se moderniser dès lors que l’on quitte le centre historique.

J’ai eu la chance de profiter de la montagne lors de la semaine avec les enfants à côté de Mariazell. C’était en juin. Ce n’est pas cette année que j’aurais appris à skier, mais j’ai découvert des paysages magnifiques, ce n’est pas pour rien que les randonneurs adorent l’Autriche. Nous avons visité un parc national d’une beauté incroyable avec cascades, rivières, vallons.
J’ai pu visiter un autre parc national radicalement différent, sans relief, celui du Neusiedlersee. À l’est de Vienne on ne peut pas oublier que débute l’Europe centrale. Ce parc abrite toute une steppe et la faune qui va avec, les paysages plats évoquent étrangement la Camargue.

Tous ces endroits sont pleins de calme, les populations ne sont pas très concentrées, on a un grand sentiment d’espace. Par contre si l’on veut ressentir de l’agitation, des mélanges, du parfums d’histoire romanesque, c’est à Vienne qu’il faut aller.

B. Le mouvement continu de Vienne

La ville de Vienne possède presque autant d’habitants que Paris intra muros, bien que le pays soit presque 7 fois plus petit que la France. La ville est tout autant mélangée sauf que les mouvements de population viennent des pays situés à l’est, jusqu’à la Turquie. Le réseau de transports est tentaculaire (3 gares, 5 lignes de métro qui s’allongent sans cesse, dangereux trams et bus innombrables), les évènements culturels et politiques (Vienne est un des sièges de l’ONU) s’y bousculent.
Cette « démesure » par rapport à la taille du pays sait ne pas être trop étouffante car le centre ancien n’est pas trop étendu, enserré dans un grand boulevard circulaire haussmanien, le Ring. À l’intérieur du Ring, le palais impérial (Hofburg) qui a abrité les splendeurs de la dynastie Hasbourg (Hofburg) est démesuré ; tout au bord du Ring se bousculent les ministères, le Parlement, l’Hôtel de Ville, les théâtres, les universités, bâtiments soit pompeux, soit harmonieux. Au cœur de la ville, se dresse une magnifique cathédrale… gothique !
Vienne n’est pas un contraste près puisque la ville n’a jamais cessé d’évoluer architecturalement. Ainsi la cathédrale se miroite dans un immeuble ultramoderne, les façades bien-pensantes des hauts immeubles jouxtent des façades Art-Nouveau, Déco. Pas loin à côté d’une gigantesque église baroque, un pavillon dépouillé consacre la Sécession en 1897 d’Otto Wagner et ses contemporains. A trois stations de tram, un architecte farfelu profondément humaniste a construit un HLM et un musée d’une fantaisie incroyable ; peu après on découvre que ce même Hundertwasser a customisé une usine de déchets. Mieux, l’on s’aperçoit qu’on fait du neuf avec du vieux. Les écuries impériales ont été transformées il y a 3 ans en un des plus gros centre culturel du monde : le Museumsquartier dédié à l’art contemporain. Ou encore les cours anciennes ont été fermées par des verrières audacieuses. Si l’on s’éloigne un peu du centre, on découvre le Danube ramifié de partout, autour s’y pressent les tours modernes des bureaux. Ou alors on tombe sur le Prater. C’est un parc d’attraction permanent qui date du siècle dernier, dominé par un Grande roue qui date de la Tour Eiffel. C’est aussi un énorme espace vert où bon nombre de sports de croisent. Le touriste n’oubliera pas de visiter Schönbrunn, l’équivalent autrichien de Versailles, pour finir de s’étourdir.

J’ai pu apprendre la ville un peu plus à chaque fois que j’avais de la visite. Montrer son nouvel univers, même éphémère aux gens que vous connaissez est un immense plaisir. J’ai ainsi fait le guide pour ma sœur et mon beau-frère, ma cousine, des copines volontaires deux amies de fac, une très bonne copine, ma meilleure amie et enfin Matthieu des Compagnons bâtisseurs.

J’ai aussi voulu montrer le côté incontournable de Vienne : la musique. Beaucoup de très grands compositeurs (Haydn, Mozart, Beethoven, Mahler, Schönberg etc.) ont marqué la ville. Les musiciens viennois restent parmi les meilleurs au monde et écouter le philharmonique de Vienne dans la fosse de l’Opéra m’a impressionnée à chaque fois. J’ai pu aussi admirer Vienne comme temple de l’opérette et de la valse. J’ai même participé à un bal dans le palais impérial ! Comme dans les films, le tapis rouge, les belles robes, le plaisir de paraître, l’enfilade des salles de danse. Les bals sont une institution et tous les jeunes ont au moins pris un cours de danse dans leur vie. Je n’étais pas très à l’aise dans ce cadre assez guindé mais j’étais contente de faire ça une fois dans ma vie !

Je ne peux m’empêcher de terminer cet aperçu sur un ton moins frivole. Comme dans tant d’autres grandes villes, la misère existe mais peut-être de façon plus insidieuse. Les SDF sont relégués dans les souterrains, dans les halls de gare et n’ont pas le droit de s’installer en ville. Il faut que ça reste « propre », nous sommes en Autriche. Ainsi il est très facile d’ignorer la pauvreté et je n’ai pas eu ni le temps ni l’envie aussi de me renseigner sur la réalité des choses, les aides offertes, le taux de chômage etc.

II. Un pays partagé avec les autres volontaires

Comme tout volontaire SVE j’ai subi dans mon pays d’accueil deux séminaires : un à l’arrivée (à Vienne, du 11 au 13 octobre) l’autre à mi-parcours (à Innsbruck du 31 janvier au 2 février). Même si j’ai pu apprendre quelques petites choses de ci de là, l’intérêt était de partager avec d’autres volontaires. J’ai aussi connu beaucoup de volontaires à Vienne par l’intermédiaire de la très dynamique association « Grenzenlos » qui proposait énormément d’activités aux volontaires : soirées interculturelles, sorties, séminaires (j’en ai suivi deux très enrichissants : « La culture, la communication, et la communication non-verbale » et « L’identité »), tarifs très réduits pour le bal etc.
J’ai croisé beaucoup de monde mais je n’ai pas eu de contacts suivis, sauf avec 3 françaises pourtant non viennoises. La langue est un obstacle, souvent à part demander ton pays d’origine, ton projet, ce que tu faisais avant le SVE, ce que tu feras après les conversations tournent court. Et beaucoup de volontaires étaient assez jeunes et ne pensaient qu’aux sorties et boire de l’alcool. Je me suis sentie « vieille » à vouloir économiser mon argent de poche pour voyager, pour les musées et puis sur Vienne j’avais un autre cercle de connaissances. Je n’ai pas insisté.
Par contre j’ai eu la chance de rencontrer 3 volontaires françaises qui avaient la bougeotte comme moi, nous sommes souvent allés nous voir les unes les autres, nous partagions plein de choses en commun, c’était vraiment une grande chance et une grande joie de partager notre SVE. J’ai parlé à d’autres gens par leur intermédiaire, elles m’ont enrichi en me parlant de leurs projets (personnes âgées ou personnes handicapées). À cette occasion j’ai visité le château Hartheim, à côté de Linz, où avaient été exterminés des personnes handicapées et des « inadaptés » durant la 2ème Guerre Mondiale ; première visite de ce genre pour moi, c’était déchirant, révoltant.
Je ne suis d’ailleurs restée en contact qu’avec ces 3 volontaires.

PARTIE IV AUTOUR DES FRONTIÈRES DE L’AUTRICHE

Une fois bien acclimatée à mon nouveau mode de vie, j’ai eu envie de réaliser un des objectifs de mon SVE : voyager. Je pense avoir pleinement rempli cette objectif puisqu’en un an j’ai croisé 7 pays sur ma route : France, Autriche, Slovaquie, Allemagne, Hongrie, Italie, Pologne, presque tous les pays limitrophes d’Autriche. Je me suis rendue compte plus tard que tous les endroits où je m’étais rendu avaient appartenu un jour ou l’autre à la Grande Autriche : Bratislava, Budapest, Venise, Cracovie, Varsovie, Sopron. Un cousinage évident pouvait se lire au point de vue architectural mais tous ces endroits étaient d’ambiance complètement différente. En revanche, quand j’étais en Allemagne, j’étais vraiment tout proche de la frontière et les lieux et les ambiances étaient strictement identiques.
Je n’aurais peut-être pas tant voyagé seule. Mais dès l’instant où nous avons commencé à bouger, mon copain et moi n’avons plus pu nous arrêter ! Je veux juste préciser que si ça été parfois un peu juste financièrement parlant, mon argent de poche a suffit à couvrir tous ces déplacements. Voyager a été un de mes plus grands bonheur de SVE et je suis vraiment consciente de la chance que j’ai eu.

I. L’Allemagne bavaroise

Je suis allé trois fois en Allemagne. Deux fois lorsque j’ai rendu visite à ma sœur qui travaille dans la ville frontalière Bad Reichenhall. J’ai visité rapidement cette charmante petite ville de cure ainsi que le célèbre Königsee (un lac tout en longueur). Avec mes amies volontaires françaises, nous sommes allées à Passau, ville célèbre en ce que s’y croisent le Danube, l’Inn (qui passe à Innsbruck) et l’Ills. Le lieu était très agréable, nous avons passé de très bons moments.

II. Bratislava, capitale de la Slovaquie

Bratislava n’est qu’à 60km de Vienne mais le gouvernement autrichien ne souhaite pas prolonger l’autoroute pour joindre les deux capitales, ce qui rallonge considérablement les distances. Le contrôle à la frontière est assez strict.
C’est n’est pas la première fois que je visitais une ville ayant appartenu au bloc de l’est (je connais un peu Prague) mais le choc culturel m’a ici vraiment frappé. On est à Vienne, on fait quelques kilomètres et l’on arrive dans un autre monde. Tout d’abord un monde en construction, la banlieue est énorme chantier anarchique. Le centre est adorable mais à part les monuments rien n’est rénové et beaucoup tombe en lambeaux. Les bus, pas mal de voitures datent de l’ancienne époque. Dès que l’on quitte des yeux le centre, des barres communistes innombrables traumatisent de paysage. Le château est magnifique, vu de l’extérieur, mais dedans il n’y a rien, ou plutôt des objets anodins enfermés dans du béton. Les prix sont bien-sûr assez bas.
Passée l’étonnement il est très agréable de se balader dans une ville magnifique mais sans touristes, de faire ses courses de noël au marché de noël, et de revenir vers Vienne en s’étonnant du nombres d’éoliennes croisées sur la route.

III. La Hongrie : Budapest et Sopron

Je suis restée deux jours à Budapest (300km de Vienne) et une journée à Sopron (60km de Vienne). J’y ai retrouvé le même genre d’impressions qu’à Bratislava (trabis, délabrements etc.), l’échelle en plus pour Budapest.
Budapest est composée en deux parties séparées par un Danube énorme: la vielle Buda sur le haut et la dynamique Pest sur le bas. Le premier jour Pest, très polluée. Avec ses grands bâtiments, le plus célèbre étant le Parlement inspiré de celui de Londres. Des grandes avenues interminables, les immeubles très délabrés. Le métro, plus ancien que celui de Paris, ayant conservé sur une ligne toutes ses faïences et ses bois. On voit de très grandes églises, de très grandes place, mais aussi des coins plus au calme vers les bains, une tradition que j’aurais bien voulu tester avec un peu plus de temps. Je ne me sentais pas très à l’aise à Pest mais j’ai adoré Buda. Et peut importe si tout a été reconstruit, l’âme est restée.
Sopron pourrait ressembler à n’importe quelle ville autrichienne, sauf ces détails marquants du passé dont il est difficile de faire abstraction.

IV. Venise

Après Bratislava et Budapest, l’air nous manquait un peu. Nous avions besoin de chaleur, de vielles pierres. Une offre de train très intéressante a entraîné le choix de l’Italie et de son plus beau joyau : Venise.
Décrire la ville en quelques lignes est vraiment impossible. Il y a trop de diversités, trop de choses à regarder, trop d’ambiances à saisir. Disons juste qu’au delà de la beauté incroyable de tout, il est impressionnant de se dire que les bâtiments les plus récents datent du XVIIIe (j’exagère à peine), que la Basilique San Marco a été achevée au XIème siècle. La ville est pleine de touristes, elle ne vit que de cela et mourra de cela, mais on y trouve aussi de la vie, des enfants débraillés qui jouent au ballon en se moquant bien de lieu où ils sont.
Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau de toute ma vie.

V. Varsovie et Cracovie

Suite à des déboires de réservation de train, nous étions « obligés » de visiter aussi Varsovie alors que nous ne voulions que de Cracovie.

Les personnes qui nous ont déconseillé Varsovie auraient pu nous faire passer à côté de l’âme polonaise. Celle qui a permis à une ville martyr du nazisme (ville brûlée, monuments dynamités, 600 000 morts) de reconstruire la ville à l’identique. A tel point qu’aujourd’hui qu’on a du mal à croire à la beauté et à l’authenticité de la ville. Au delà du centre des architectes audacieux construisent des monuments incroyable. Même le monument communiste pour la culture a des allures de vénérable gratte-ciel new-yorkais.
Cracovie n’a pas du tout été abîmée par la guerre et montre fièrement ses cathédrales, ses remparts, ses universités du moyen-âge, ses palais. Une douceur de vivre traîne partout. Le quartier juif est impressionnant de mélancolie, comme si chaque pierre se rappelait de chacune des déportations qui y a eu lieu.
Varsovie et Cracovie montrent des villes brillantes et soignées, on oublie le passé soviétique qu’elles ont traversé, plus l’ombre d’une vieille voiture. Par contre le voyage en train de Varsovie à Cracovie montre une campagne très reculée, les agriculteurs travaillent encore avec un cheval. Expliquant peut-être mais sans le justifier le cliché enraciné de pauvreté qui colle désagréablement et injustement à la Pologne. À mes yeux un pays comme la Hongrie m’a beaucoup plus justifierait malheureusement beaucoup plus ce cliché.

CONCLUSION : ET APRÈS ?

En rentrant en France, j’ai eu le besoin de mettre une coupure psychologique entre l’école et moi. Après avoir tant donné à l’école et reçu du bon comme du mauvais, cela me
semble normal. "L" aurait bien voulu échanger par mail au sujet de la discipline dans l’école. Mais j’avais vraiment la tête ailleurs pour lui répondre, ce que je ferai d’ici peu. Le contact avec les enfants se fera par lettre, j’en ai déjà reçu deux. C’est très important pour eux de ne pas se sentir oubliés du ou de la volontaire française. Et ça me fait plaisir de donner des nouvelles.
Au-delà de ces petites choses mon rôle est terminé dans l’école et si j’avais au départ envisagé de consacrer mon Capital Avenir à l’organisation d’une visite de l’école en France, je me suis ravisée. Je préfère donner un aspect plus personnel à mon Capital Avenir et ne veut en rien intervenir dans le travail de la nouvelle volontaire ("M" de Belgique).

I. Un retour en France facile

J’avais très peur en rentrant de SVE de me retrouver chez moi, pas désœuvrée mais un peu déboussolée et déprimée.
Je n’ai rien connu de tout cela car j’ai précipité mon départ (le soir même du dernier jour de classe) pour animer un chantier d’été dans une maison de retraite en Franche-Comté. Le SCI branche française cherchait d’urgence à remplacer un de ses animateurs défaillant, j’ai sauté sur l’occasion malgré mon inexpérience en la matière et mon appréhension quant à être à la hauteur. Un défi juste après le SVE, c’est le plus beau cadeau qu’on pouvait me faire. J’ai vécu ce chantier avec beaucoup de joie.
J’ai ensuite pas mal vadrouillé jusqu’à aujourd’hui. Il me reste à revoir pas mal d’amis sur Paris et à trouver assez vite du travail pour estimer mon retour en France parfaitement réussi.

II. Mais plus rien comme avant

Avoir fait un SVE a non pas changé mes perspectives d’avenir mais en a dessiné les contours un peu plus nettement.
Le SVE donne vraiment confiance en soi et quand on a vécu à l’étranger on n’a qu’une envie, c’est de repartir. Je me sens prête à mener ma vie en dehors des lignes toutes tracées. Ne pas avoir peur de voyager d’un coup de tête, ne pas avoir peur de changer de métier. Croire accessibles des envies un peu folles qu’on ne croirait réalisables que chez les autres. Aussi je me sens prête à vivre quelques temps dans des pays un peu plus exotiques que l’Autriche (Russie, Inde), à faire un an d’un volontariat plus socialement engagé, ou tout simplement à découvrir la France que je connais si peu.
Pour l’instant je cherche du travail dans l’action sociale des collectivités territoriales, mais sous forme de remplacements, afin de me déplacer en France, afin d’avoir un aperçu des différents types d’action. Mais je pense déjà au VIA (qui n’est pas du volontariat !), à mon Capital Avenir, à tester mes compétences dans une association engagée du type Compagnons bâtisseurs. Sans avoir plus peur, ou presque.

III. Et l’Autriche ?

J’ai adoré mon pays d’accueil mais je n’y suis pas restée comme cela arrive parfois. Ainsi avoir un copain à Vienne aurait pu influencer mon choix mais cela n’a pas été le cas, malgré mon attachement pour lui. En effet, l’Autriche m’a beaucoup appris sur la France, sur ses gens, sur son patrimoine, sur ses défauts et qualités, sa nourriture. Et c’est en France que je veux habiter même si l’étranger me prend et me prendra toujours un peu dans ses filets.
Par ailleurs mes projets professionnels sont tournés vers la France mais le climat autrichien est un peu rude à mon goût et la nourriture bonne mais un peu trop riche et déséquilibrée pour ma silhouette !
Mais je serai toujours appelée à tourner autour de l’Autriche. Déjà, rien que parce que ma sœur vit à 5km de ce pays. Et puis par goût pour le pays, pour les liens créés. Je reviens d’ailleurs d’une semaine à Vienne !

IV. Message…

Il arrive que des SVE ratent mais la plupart du temps ils sont une réussite et je pense largement avoir expliqué pourquoi dans mon cas. Je ne peux terminer que sur un cri, tant pis s’il est banal « Vive le SVE ! ». Je voudrais que tout les jeunes en France le sachent, qu’ils sachent que travailler volontairement enrichit incroyablement, que les volontaires ne sont pas des fous ou des saints tellement la vie est douce dans ces moments. L’Europe donne des outils magnifiques pour les jeunes (et pas que le SVE), même s’ils ne les saisissent pas ils doivent les connaître. Ils sont un moyen de construire l’Europe non pas avec de l’argent mais avec le partage entre les peuples.

3. Parrainage

Je ne souhaite pas participer au parrainage
I don’t want to participate in mentoring